L’idée à l’origine d’ABAAD est qu’un changement durable nécessite une action simultanée aux niveaux communautaire, institutionnel et politique. L’organisation opère selon un double positionnement : des équipes de terrain ancrées dans les communautés grâce à des unités mobiles et des foyers d’accueil travaillant en collaboration avec des partenaires de confiance au sein des institutions de l’État, notamment le ministère des Affaires sociales. Ce rôle de passerelle, qui relie l’expérience vécue au pouvoir institutionnel, a permis à ABAAD d’influencer la manière dont le Liban répond à la violence basée sur le genre.
Comme l’explique Ghida Anani, fondatrice d’ABAAD : « Un changement durable ne peut se produire à un seul niveau. Il doit être poursuivi simultanément au sein des communautés, des institutions et des cadres réglementaires, tout en restant ancré dans les réalités vécues par les personnes que nous soutenons. » Cette philosophie guide toutes nos actions, des procédures opérationnelles standard au niveau national pour la prise en charge des cas de violence sexiste, qu’ABAAD a co-élaborées avec le ministère des Affaires sociales, jusqu’aux activités testées et affinées grâce à leur mise en œuvre au sein des communautés.
Le projet IGNITE : de la recherche à la transformation
Grâce au financement d’IGNITE, ABAAD a mis en œuvre une initiative transformatrice à Wadi Khaled, axée sur l’élimination des obstacles à l’éducation des filles. Dans cette localité rurale du nord du Liban, située à la frontière avec la Syrie, le projet a débuté par une série de discussions de groupes approfondies visant à identifier les obstacles économiques et sociaux qui empêchent les filles d’accéder à l’éducation : pauvreté, mariages précoces, violences sexistes, lacunes en matière d’infrastructures et normes sociales profondément ancrées.
Ces observations ont permis de designer un programme spécialisé sur les compétences de base pour la vie quotidienne, qui a bénéficié à 141 adolescentes et 110 de leurs parents. Pour de nombreuses adolescentes, ces séances ont offert un espace inédit où, au lieu d’être jugées, elles se sont senties véritablement écoutées et respectées. L’impact a été immédiat : les participantes ont connu une amélioration significative de leur estime de soi et de leur maîtrise émotionnelle, l’isolement cédant la place à la solidarité communautaire et à une motivation renouvelée pour leurs études.
Certains récits individuels témoignent des effets les plus importants du projet. Une mère de Wadi Khaled pensait au départ qu’un mariage précoce était la seule protection pour sa fille de quinze ans contre la pauvreté et la pression sociale. Grâce aux sessions organisées par ABAAD sur le développement des adolescentes et l’égalité des genres, son point de vue a évolué au point de complètement changer. Elle a pris conscience que le mariage ne protégerait pas sa fille : il la priverait de son avenir. L’éducation est devenue, selon ses propres termes, « une arme pour l’indépendance tout au long de la vie ». Elle a réorienté sa relation avec sa fille en la fondant sur la confiance plutôt que sur le contrôle, et lorsque des difficultés financières ont menacé la scolarité de celle-ci, elle a organisé un groupe de covoiturage communautaire pour s’assurer qu’elle puisse continuer à aller à l’école.
Cette transformation est désormais documentée dans la boîte à outils « Ensemble pour mon droit à l’éducation » (lien en arabe), conçue pour inspirer un changement durable dans toute la région. L’initiative entre désormais dans une nouvelle phase où des tuteurs pédagogiques animent des activités d’apprentissage collaboratif réunissant des adolescentes et leurs parents, en combinant des techniques d’étude pratiques avec un accompagnement visant à créer des environnements d’apprentissage motivants à la maison.
Protéger les femmes en situation de crise humanitaire
Alors que le Liban est confronté àune nouvelle guerre, venant aggraver une situation humanitaire déjà mauvaise par l’arrivée de déplacé.e.s du sud du pays, ABAAD s’est placée en première ligne de la réponse humanitaire. L’organisation a immédiatement pris conscience que les déplacements forcés, la surpopulation et la fragmentation des structures de soutien n’affectaient pas tout le monde de la même manière. Les femmes et les filles supportent un fardeau disproportionné, notamment une exposition accrue à la violence sexuelle, la perte d’accès aux services de santé reproductive et l’isolement par rapport aux systèmes de soutien traditionnels.
L’adaptation rapide d’ABAAD s’est appuyée sur ses réseaux existants à travers le Liban, permettant le déploiement immédiat d’équipes de première ligne à l’intérieur et à l’extérieur des centres d’hébergement. Le centre d’accueil sécurisé contre les violences sexistes, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, continue de fonctionner comme un mécanisme de protection essentiel, offrant un hébergement temporaire d’urgence et sécurisé aux survivantes en situation de risque élevé. Au-delà de l’hébergement, les équipes de première ligne dispensent des premiers secours psychologiques, un soutien psychosocial communautaire, une prise en charge individualisée des cas et orientent les personnes vers des services complémentaires.
Conscients de l’urgence et de l’ampleur des besoins au Liban, ABAAD et d’autres partenaires libanais ont reçu en mai un financement complémentaire IGNITE accordé en procédure accélérée afin de consolider et d’étendre leurs interventions, garantissant ainsi le maintien des systèmes de protection.
The most powerful transformation emerged in individual stories. One mother from Wadi Khaled initially believed early marriage was the only protection for her fifteen-year-old daughter against poverty and social pressure. Thanks to ABAAD’s sessions on adolescent development and gender equality, her perspective shifted entirely. She realized that marriage would not protect her daughter: it would disarm her of her future. Education became, in her words, “a lifelong weapon for independence.” She shifted her relationship with her daughter based on trust rather than control, and when costs threatened her daughter’s education, she organized a community carpooling group to ensure she could continue attending school.
This transformation is now being captured in the “Together for My Right to Education” toolkit (link in Arabic), designed to inspire lasting change across the region. The initiative is now moving into an intergenerational phase where educational tutors lead co-learning activities bringing adolescent girls and caregivers together, combining practical study techniques with coaching on creating motivating home learning environments.
Protecting Women in Humanitarian Crisis
As Lebanon faces renewed conflict in 2026, adding internally displaced to the protracted humanitarian situation, ABAAD has been at the forefront of the humanitarian response. The organization recognized immediately that displacement, overcrowding, and fractured support networks do not affect everyone equally. Women and girls bear disproportionate burdens, including heightened exposure to sexual violence, loss of reproductive health services, and isolation from traditional support systems.
ABAAD’s rapid adaptation drew on existing grassroots networks across Lebanon, allowing immediate deployment of frontline teams inside and outside collective shelters. The organization’s 24/7 GBV Safe Shelter continues operating as a critical protection mechanism, providing emergency temporary safe sheltering for high-risk survivors. Beyond the shelter, frontline teams deliver psychological first aid, community-based psychosocial support, individualized case management, and referrals to complementary services.
Recognizing the urgency and scale of need in Lebanon, ABAAD and other Lebanese grantees have received in May a fast-track top-up IGNITE funding to expand their humanitarian response, ensuring that protection systems hold even as the broader context fractures.