TURNING EVIDENCE INTO ACTION: CONFRONTING GENDER-BASED VIOLENCE IN SCHOOLS In BURKINA FASO – Copy

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In Burkina Faso, despite insecurity and outdated social norms, adolescent girls are transforming a focus group into a space of feminist resistance, claiming their right to education, safety, and autonomy.

IRC team posing for a photo during the IGNITE inception workshop

Dans la région de Nakambé, au Burkina Faso, à 150 km de la capitale Ouagadougou, le décrochage scolaire des filles a toujours existé. Les communautés, les éducateur.rice.s et les organisations soupçonnaient que les violences basées sur le genre (VBG) jouaient un rôle important. Mais en l’absence de preuves solides, ces préoccupations se traduisaient rarement par des mesures politiques décisives.

Avec le soutien du programme IGNITE, FEMIN-IN, une organisation de terrain œuvrant à la croisée de l’égalité des sexes et de l’engagement civique, a décidé de produire des données rigoureuses et crédibles susceptibles de  mieux comprendre la situation et de permettre à la société civile de militer en faveur d’un changement systémique. Lorsque les résultats ont été rendus publics, ils ont révélé une réalité crue : près de 78 % des écolières ont déclaré avoir subi une forme ou une autre de VBG. Pour l’équipe, ce chiffre était plus qu’une simple statistique : c’était un moment de prise de conscience.

« Nous avons ressenti à la fois de l’indignation et un choc », se souvient Annick Laurence Koussoube, présidente de FEMIN-IN. « En tant qu’acteurs de terrain, nous ne pouvons pas rester indifférent.e.s. Tant d’efforts ont été déployés pour sensibiliser et prévenir la violence sexiste, et pourtant les chiffres restent aussi élevés. Cela nous oblige à remettre en question nos stratégies. »

 

Rendre l’école plus sûre pour les filles et les adolescentes

Cette étude, menée en partenariat avec l’Université Joseph Ki-Zerbo dans 11 localités de la région, a fait bien plus que confirmer des hypothèses. Elle a mis en lumière l’ampleur et la complexité du problème, ainsi que l’urgence d’agir différemment. Les témoignages recueillis au cours de cette démarche ont brossé un tableau inquiétant. La violence ne se limitait pas à des incidents isolés : elle était ancrée dans la réalité scolaire quotidienne.

« Certains garçons ont admis avoir drogué des filles pour abuser d’elles, sans comprendre la gravité de leurs actes. D’autres attendent à la sortie des écoles pour les menacer ou les agresser », se souvient Mme Koussoube en évoquant les transcriptions des entretiens.

Conscients que les interventions au niveau communautaire ne suffisaient pas à elles seules, les résultats de l’étude ont conduit à un changement d’orientation. Si le travail auprès de la communauté reste essentiel, FEMIN-IN a aussi commencé à mettre l’accent sur les interventions au sein même des établissements scolaires afin de cibler les jeunes filles, les enseignant.e.s et le personnel scolaire.

 

Plaider en faveur d’une grande coalition contre les violences sexistes à l’école

La véritable avancée s’est produite lors de l’atelier officiel de restitution réunissant 30 représentants des autorités éducatives régionales, des ONG de défense des droits de l’enfant, du milieu universitaire, ainsi que les enquêteu.rice.rs. « Les résultats ont suscité une véritable surprise », note la militante. L’atelier a débouché sur une série de recommandations concrètes visant à renforcer la lutte contre les VBG à l’école. Parmi celles-ci figuraient l’intégration de la prévention des VBG dans la formation des enseignant.e.s, la mise en place de groupes de sensibilisation au sein des établissements scolaires, le développement d’outils numériques de sensibilisation, la création de mécanismes de signalement sécurisés pour les élèves et le renforcement des liens entre les établissements scolaires, les familles et les services sociaux. FEMIN-IN a également collaboré avec des organisations de la société civile, des acteurs du secteur éducatif et des partenaires pour élaborer conjointement un plan d’action concret. Celui-ci prévoyait notamment de renforcer les efforts de prévention en milieu scolaire, de lancer des dialogues intergénérationnels et d’intensifier le plaidoyer au niveau institutionnel.

L’impact s’est rapidement étendu au-delà du projet lui-même. Grâce aux efforts de plaidoyer de l’organisation, le ministère de l’Education a demandé à consulter le rapport afin de l’analyser et d’ajuster ses propres plans d’action. « Nous souhaitons poursuivre cette coordination afin de rendre nos futures interventions plus efficaces », insiste Mme Koussoube.

Grâce au soutien d’IGNITE, qui a permis à la fois de mener des travaux de recherche de grande qualité et d’entretenir un dialogue soutenu avec les décideurs, FEMIN-IN a réussi un pari difficile : combler le fossé entre les données collectées auprès des communautés et la réponse institutionnelle. Ces données font désormais partie des débats au niveau national. Elles servent à éclairer les politiques, à orienter la programmation et à renforcer les efforts de plaidoyer.

 

Un long chemin à parcourir

Pourtant, aussi significatifs que soient ces résultats immédiats, les implications à long terme pourraient être encore plus importantes. En documentant l’ampleur de la violence sexiste avec une rigueur scientifique, FEMIN-IN a changé les termes du débat. Les VBG à l’école ne sont plus un problème que l’on peut minimiser : elles sont mesurables, visible et plus difficiles à ignorer. Cela crée une obligation de rendre des comptes. Cela soulève également des questions cruciales quant à l’avenir.

« Le Burkina Faso parle d’une “révolution progressiste” », ajoute-t-elle. « Mais cela ne peut pas se produire si la moitié de la population n’est pas scolarisée. » Le travail à accomplir est clair : renforcer les systèmes de prévention dans les écoles, garantir des mécanismes de signalement sécurisés, impliquer les familles et maintenir la pression en faveur d’une réforme institutionnelle.

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