Briser les stéréotypes, construire l’autonomie au Burkina Faso

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IRC team posing for a photo during the IGNITE inception workshop

Au Burkina Faso, dans un contexte marqué par le décrochage scolaire, le chômage des jeunes et les déplacements forcés, l’accès à une formation professionnelle adaptée peut changer une vie. À Bobo-Dioulasso, l’APDJFE soutenue par IGNITE a permis à 49 jeunes filles vulnérables, dont plusieurs déplacées internes de gagner en autonomie économique en se formant à des métiers porteurs, souvent considérés comme « réservés aux hommes ».

Le taux de sous-emploi au Burkina Faso s’élève officiellement à 23,16%[1]. Mais derrière cette moyenne, les femmes (30,7%) sont près de deux fois plus susceptibles d’être en situation de sous-emploi par rapport aux hommes (16,9%). Selon l’INSD, cela s’explique par les pesanteurs socioculturelles où la société consacre davantage le rôle des travaux ménagers à la femme.

Face à cette réalité, l’Association pour la Protection des droits de la jeune fille et de l’enfant (APDJFE) a lancé au printemps 2025 un appel offrant des formations professionnelles à des jeunes femmes déscolarisées et sans emploi. Relayé par la direction régionale de la Famille et de la Solidarité, l’appel permis de sélectionner 49 jeunes femmes, âgées de 17 à 19 ans. « Nous avions fixé des critères d’âge et de vulnérabilité pour donner la priorité à celles qui sont déscolarisées et déplacées internes », insiste la présidente de l’APDJFE Sawadogo Anasthasie.

Parmi elles, Ourietou, 18 ans, avait fui l’insécurité dans le nord du pays avec sa famille et n’avait pas repris d’études à son arrivée à Bobo-Dioulasso. « Je n’étudiais pas, je ne travaillais pas. Quand j’avais de la chance, on m’appelait pour quelques jours de travail à trier les noix de cajou au moment de la récolte », se rappelle-t-elle. « Avant cette formation, j’ai passé un an à la maison ou à chercher du travail. Faute d’argent, j’avais quitté l’école à 16 ans », témoigne Huguette.

[1] Rapport 2024 de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina Faso

Pendant trois mois, les stagiaires ont appris à installer et à réparer des panneaux solaires.

Vaincre les préjugés et la pression sociale

Parmi les filières de formation proposées, on retrouve des filières habituelles telles que la pâtisserie et l’infographie. Mais l’APDJFE, en partenariat avec le centre de formation, a ouvert aux jeunes femmes l’accès à des métiers qui vont à l’encontre des normes sociales établies, où leur présence reste rare et souvent découragée.

C’est ainsi que treize d’entre elles ont été tentées par la formation à l’installation et à la maintenance de systèmes photovoltaïques et une dizaine par la formation plomberie. Un choix qui a évidemment suscité des réactions dans l’entourage des apprenantes. « Mon père et mon grand frère n’étaient pas contents que j’apprenne la plomberie. Pour eux, ce n’est pas un métier pour une femme. Mais je voulais être libre de faire ce que souhaitais. Maintenant, je vois des opportunités pour mon avenir », se rappelle Ourietou.

L’un des enjeux majeurs a donc été de faire face aux préjugés de genre. « On me disait que la plomberie n’était pas un travail de fille », rapporte Aurélie, 20 ans. Certaines participantes ont même envisagé de changer de filière sous la pression. Des échanges ont alors été organisés pour discuter des opportunités réelles offertes par ces métiers, tout en laissant le choix aux jeunes femmes. Finalement, elles ont décidé de rester et de relever le défi. « Femmes ou hommes : on peut toutes faire le même travail. Depuis que j’ai eu mon diplôme, je me déplace sur des chantiers, dans des écoles, et je gagne ma vie », dit aujourd’hui fièrement Aurélie.

Certains parents avaient réalisé l’opportunité de voir leur fille se former à un métier d’avenir. « Mes parents m’ont soutenu. Ils y ont vu le moyen pour moi de gagner de l’argent et de les aider financièrement », raconte Huguette.

Les jeunes diplômées travaillent désormais sur des chantiers de construction pour gagner leur vie dans des domaines autrefois dominés par les hommes.

Ouvrir des portes, redonner un avenir

Durant les premières semaines, « nous avons dû faire face à des défis que nous n’avions pas anticipés, tels que le cout du transport pour les apprenantes habitants des zones éloignées ou encore l’inadéquation des installations sanitaires du centre de formation », explique Anasthasie. Grâce à la flexibilité de la subvention IGNITE, des solutions rapides ont été mises en place, permettant à toutes les filles de participer à toute la durée de leur formation d’avril à aout 2025.

À la fin du parcours, chacune a reçu un kit de démarrage ainsi qu’un diplôme, facilitant son insertion professionnelle. Elles ont aussi été accompagnées pour trouver un stage de deux mois à l’Office national de l’eau et de l’assainissement de Bobo-Dioulasso, ainsi qu’au camp de la direction du génie de la 2ᵉ région militaire, tout en rentrant chez elles chaque soir. Elles y ont acquis une première expérience concrète – installation de douches, sanitaires, machines à laver, panneaux solaires – mais aussi et surtout de l’expérience et de la confiance en elles pour vaincre les préjugés.

Quatre mois après la fin des formations, les effets sont visibles : autonomie financière naissante et des projets d’avenir. Les autorités locales et la communauté ont salué l’initiative, encourageant sa poursuite et son extension.

 

Des effets durables pour toute la communauté

Huguette a commencé à promouvoir ses services via les réseaux sociaux et installe des panneaux solaires sur les chantiers de construction de Bobo-Dioulasso. « Aujourd’hui, je peux gagner quelques milliers de Francs par jour et j’en donne une partie à ma mère pour faire le marché ».

« Mon avenir est assuré », se réjouit Aurélie. « On ne manque pas de travail dans la plomberie », ajoute celle qui souhaite un jour monter son entreprise et travailler sur ses propres chantiers.

Dans quelques années, Huguette se voit même formant d’autres jeunes, dont sa petite sœur qui l’accompagne parfois au travail. « C’est un secteur d’avenir : il y a de plus en plus de gens qui s’équipent en panneaux solaires, notamment pour alimenter les puits et les pompes ». Aux autres jeunes filles, elle leur dit : « allez vers les métiers où il y a de la demande et ignorez les préjugés ! ».

 

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